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ILS - Les Monstres de Terre

ILS  Claryce et les monstres

Claryce entre dans le tunnel de l’opium en sortant du monde des nats et  visite le triangle d’or.
 

Dans le délire de sa fièvre il voyait toutes sortes de monstres associés à des évènements récents, des lieux visités, des personnes rencontrées dans son enquête qui l’avait conduit au sein de ce triangle d’or, aux confins de ce royaume de Bistromania, à la frontière avec la Chine. Une ville de casinos, de fumeries, de bordels, de zoos étranges, un Macao méconnu où l’on pouvait jouir de tous les interdits des deux pays, une ville franche dans laquelle tout était permis et où la vie ne valait guère plus que le contenu d’un petit portefeuille.
Mong La, la cité du vice Birmano-chinoise[1]dans l’état Chan, interdite aux touristes occidentaux ou affluent chaque jour des dizaines de cars fuyant les villes tentaculaires chinoises apportant un flot de « touristes » venus là braver tous les interdits, assouvir ses fantasmes, braconner de la viande sauvage, pangolins, chauve-souris, tigres, salamandres, serpents, éléphants.

Depuis qu’il avait glissé dans les couloirs du Triangle d’Or, ses monstres revenaient sans cesse dans ses rêves. Rêves de richesse colorés du jade ou du rubis des vallées birmanes, de l’or également des mines d’Indonésie, des fleurs de pavot cultivé dans des montagnes inaccessibles ou des bouquets de billets accumulées dans les grottes de l’île d’EL CAPITAL, des aquariums géants remplis de dollars à ras bords allongés aux pieds des bouddhas géants. Les bouddhas d’or cachés dans l’île revenaient sans cesse, dupliqués à l’infini dans ces petites niches des pagodes ou des temples, minuscules ou géants, tapissés des feuilles d’or si enviées.
Dans cette bataille, EL CAPITAL engagea beaucoup, envoyant tous ses monstres au front par assauts successifs. Monstres de la Terre, de l’Air, de l’Eau, du Feu se succédaient dans le cortex cérébral de Claryce rognant peu à peu ce qu’il lui restait de lucidité. L’Oronavirus le gagnait faisant des ravages dans son esprit déjà bien envolé dans le monde des nats.

Parfois les paroles de ce témoin clé résonnaient à ses oreilles et il relisait sans cesses ce compte rendu d’interrogatoire. (Témoin N° … Gunther Anders – Février 1956 – Compte rendu 1758)

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir ». [2]


[2] Extrait de l’Obsolescence de l’homme, de Gunther Anders ; 1956 ; L'encyclopédie des nuisances, 2002 -


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