Francis TACK

Le Pont des Arts confiné décadenassé.

 

Construit à  l'initiative du Premier ConsulN. Bonaparte, le Pont des Arts relie l’Institut de France et le Palais du Louvre depuis 1804. C’est le premier pont métallique de Paris, fabriqué en fer avec neuf arches. Il s’agissait alors du troisième pont de ce genre au monde.

Très vite, la ‘passerelle des Arts’ ou ‘pont des Arts’ devint une promenade prisée. On y installa des orangers et des fleurs le long des balustrades tandis que des bancs retenaient les promeneurs et que des lanternes y éclairaient la nuit.

‘Au centre même de la civilisation’, il inspira de nombreux peintres, cinéastes, écrivains, chansonniers et artistes.

Fragilisé par les bombardements des deux guerres mondiales,  abimé par des nombreuses collisions avec des bateaux et péniches, il fut interditde passage en 1977 ets’effondra en 1979. Il fut alors démoli puis reconstruit à l’identique en trois années. Inauguré par J. Chirac, maire de Paris, en 1984, il comporte dorénavant sept arches au lieu de neuf de manière à les aligner avec celles du Pont Neuf età faciliter la navigation.

Aujourd’hui célèbre pour son romantisme et son point de vue exceptionnel, il attire les visiteurs des quatre coins du monde.

 

 

 

Pendant le confinement, les riverains ont repris possession de la passerelle des arts, habituellement envahie par les touristes.

On y rencontre un parolier,  Mr Stanislas,  qui la traverse de long en large , s’astreignantà parcourir une lieue chaque jouravec une belle insouciance, on y croise le Père Thibaut, vicaire de l’église Saint-Germain-des-Prés,venant y admirer le paysage, on y remarque des sportifs foisonnant d’imagination dans la pratique de mouvements improbables, mais on ne peut y manquer le Don Quichotte du Pont des Arts,  Guy Buckingham,surnommé le Décadenasseur.

Guy, un américain qui s’est pris de passion pour les ponts parisiens, a entrepris une croisade pour restaurer le patrimoine. Personnage charismatique, il s’est entouré de quelques habitués qu’il a baptisés‘Amis des Ponts Piétons Parisiens’.

 

 


Voici une brève historique de cette guerre culturelle urbaine:
Originaire d’Europe de l'Est, où tout a commencé en 2008, la mode des "cadenas de l'amour" a atteint son apogée à Paris en 2014. Le "loveloxfad" est un phénomène populaire où des touristes accrochent de petits cadenas en guise de souvenir de leur affection. Souvent les tourtereaux gravent leurs noms sur les cadenas, avant de "jeter la clef dans la Seine".Les ponts de Paris  furent cannibalisés.

Au début les "lovelox" c'était un peu comme des graffitis : des déclarations publiques d'amour (soi-disant)… Mais les cadenas de l'amour font des dégâts quasi-permanents, peut-être pas sur la relation amoureuse ‘cadenassée’ … mais sur le patrimoine.

Si une majorité de Parisiens sont aujourd'hui au courant du phénomène des lovelox, c'est parce qu’ilsen furent informés à l’été 2015 lors de l'opération très médiatisée menée par la Ville de Paris; le Pont des Arts croulait littéralement sous 45 tonnes de cadenas accrochés à ses grillages.

Les grilles furent remplacées par des panneaux en verre, immédiatement tagués, leurs charnières enclenchées de cadenas, les réverbères étant autant d’arbres de Noël à recouvrir …

 

Sur le Pont des Arts, pendant les deux mois de confinement, Guy et ses amis ont enlevé plus d’une tonne de cadenas, ainsi que des milliers de tags laissés sur les 110 panneaux de verre par les touristes (fournis en armes de guerre culturelles par des trafiquants de cadenas, absents pendant la période car confinés).

 

 

Chacun sa lubie, chacun sa folie !

A vous de choisir !

 

Confiné, étiez-vous anachorète ou cénobite ?

Dans l’antiquité, quelqu’un qui se mettait à l’écart du monde, était nommé anachorète. Si par contre, vous vous confinez à plusieurs,  vous êtes des cénobites (rien à voir avec Benjamin Grivaux).

 

Francis Tack (81)

www.francistack.com